Comme pour n'importe quel recrutement, embaucher une personne handicapée c'est avant tout recruter les bonnes compétences.
Le recrutement est un pari sur l'avenir : aucune technique ne garantit le succès de l'intégration d'un nouveau collaborateur. Cette difficulté s'accroit lorsque le collaborateur présente des caractéristiques particulières, comme c'est le cas avec le handicap. Se pose alors la question de savoir s'il faut mette en place un processus de recrutement spécifique pour les personnes handicapées.
L'intégration dans l'entreprise commence dès le processus d'embauche. Il ne doit donc pas être différent pour les personnes handicapées, mais simplement adapté, avec pour objectif de valider la compatibilité entre le handicap de la personne et le poste à pourvoir.
Nous allons détailler les différentes étapes du processus de recrutement afin de vous donner les clefs d'action vous permettant d'optimiser votre démarche :
La description de poste
Le sourcing
L'analyse des CV
L'entretien d'embauche
La présentation des candidatures au manager direct
L'intégration dans l'équipe
Le suivi de la personne
Quels postes ouvrir ?
Les employeurs sont parfois tentés de réserver certains postes à des personnes handicapées, en préjugeant des capacités de ces dernières.
Quels sont les risques si vous réservez certains postes à des personnes handicapées ?
- stigmatiser, marginaliser les travailleurs handicapés qui ne seraient aptes qu'à tenir des « sous postes »
- avoir une démarche de discrimination positive mal vécue par les autres salariés de l'entreprise
- dans tous les cas, signifier la différence !
L'idéal est donc de ne pas mettre de barrière et d'ouvrir l'ensemble des postes à pourvoir à tous les candidats potentiels, y compris ceux qui sont en situation de handicap. Rappelons en effet que les typologies de handicap sont très variées et que des moyens de compensation, techniques, humains et/ou organisationnels sont mobilisables.
Comment définir les postes ?
1. Comme pour tout recrutement, la première démarche est de lister les activités liées au poste à pourvoir et d'identifier les compétences requises.
Exemple :
Poste à pourvoir : Conseiller commercial
Description de poste :
• vous êtes en charge du développement commercial de la société par des actions de vente à distance et de la prise de rendez-vous.
• Vous effectuez de la prospection téléphonique auprès de particuliers.
• Vous gérez les appels entrants de nos clients et prospects et les renseignez sur notre gamme de produits.
• Vous assurez le suivi administratif de vos actions commerciales (envoi de documentations, courriers....).
2. Afin de pouvoir cerner de la manière la plus fine possible avec vos candidats handicapés leurs éventuelles contraintes pour tenir le poste, il est recommandé de décomposer les activités du poste en tâches et de recenser les aptitudes nécessaires et d'identifier les contraintes environnementales du poste.
Ces données ne seront pas diffusées avec votre offre d'emploi mais vous permettront d'aborder la question du handicap sous l'angle des aptitudes nécessaires à une bonne prise de poste.
N'hésitez pas à vous faire accompagner par votre médecin du travail (la réforme de la médecine de santé au travail (décret du 28 juillet 2004) oblige un médecin du travail à temps plein - en charge d'au plus 450 établissements- à consacrer 150 demi journées par an à l'action en milieu de travail) et/ou par un ergonome.
Exemple :
Poste à pourvoir : Conseiller commercial
Description de poste : Vous effectuez de la prospection téléphonique auprès de particuliers.
Tâches : passer minimum 50 appels par jour, consulter sur écran les argumentaires produits
Aptitudes requises : bonne résistance au stress, bonne élocution, bonne mémoire, bon niveau d'expression écrite, ...
Contraintes environnementales : travail en open space (donc niveau sonore important), travail sur écran toute la journée
Au-delà de la gestion du handicap dans l'entreprise, cette démarche permettra d'avoir des actions préventives sur la santé au travail pour l'ensemble des salariés.
De plus, les personnes handicapées font rarement mention de leur Reconnaissance de Travailleur Handicapé sur leur CV, car le handicap reste la première cause de discrimination à l'embauche.
Les employeurs qui s'affichent ouverts à l'intégration de personnes handicapées ont plus de probabilité de se voir adresser par le réseau de partenaires ou via des candidatures spontanées des CV de personnes handicapées.
Comment faire ?
1. Informer votre réseau de partenaires habituels (ANPE, APEC, Ecoles, entreprises de travail temporaires, cabinets de recrutement....) que vous souhaitez recruter des personnes handicapées.
2. Mettez-vous en relations avec le réseau de partenaires spécialisés : CAP EMPLOI, cabinets spécialisés, Centres de Rééducation Professionnels (CRP), Missions Handicap des Universités, associations (APF, l'ADAPT...)
3. Communiquez sur votre site Internet
4. Diffusez vos offres d'emploi sur les sites spécialisés
5. Explorer de nouveaux modes de recrutement : vidéo-recrutement, jobdating®,....
6. Participez à des Forums Emploi dédiés aux personnes handicapées (Village Emploi des Salons AUTONOMIC, Semaine pour l'Emploi des Personnes Handicapées, Forums de l'AFIJ...)
7. Participez à la formation de vos futurs collaborateurs : au lieu de rechercher le candidat idéal, pourquoi ne pas proposer à des personnes handicapées d'acquérir les compétences dont votre entreprise a besoin ?
8. Echangez avec d'autres recruteurs : la France compte une quinzaine de clubs d'entreprises handicap, souvent animés par le Medef. Ils permettent à des entreprises d'échanger sur leurs pratiques, de partager leurs expériences. Ils sont également l'occasion de rencontrer les professionnels de l'insertion qui pourront vous aider dans vos démarches de recrutement.
Le handicap étant la première cause de discrimination à l'embauche, peu de personnes handicapées mentionnent leur statut sur leur CV, sauf si l'entreprise qui recrute affiche une politique volontariste.
Pour le recruteur, certains éléments peuvent laisser penser que le CV qu'ils ont en main est celui d'une personne handicapée :
Formation : le niveau de formation initiale des candidats est souvent inférieur au Bac et les personnes ont pu reprendre une formation pour changer de métier.
Certains organismes de formation sont spécialisés dans l'accueil des personnes handicapées en reconversion professionnelle : L'ADAPT, les CRP/ERP (centres/établissements de reclassement professionnel).
Parcours professionnel : on se trouve souvent face à des candidats qui ont eu une rupture dans leur parcours professionnel et qui ont suivi une reconversion, d'où des trous importants dans leur CV.
Lors de leur reconversion, les personnes handicapées font souvent de nombreux stages dans la fonction publique
Centres d'intérêts : beaucoup de personnes handicapées s'investissent dans des associations, clubs, handisport.... en relation avec le monde du handicap
Il y a des sigles spécifiques au monde du handicap : ESAT (Entreprise et Service d'Aide par le Travail), EA (Entreprise Adaptée), RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé), COTOREP (dénomination ancienne pour les Maisons Départementales des Personnes Handicapées), travail/milieu protégé, CRP (Centre de Rééducation Professionnel)...
Les personnes sourdes ne communiquent pas de numéro de téléphone où les joindre (ou avec une indication « SMS uniquement ») mais une adresse mail.
Remarque : attention à ne pas généraliser. Une mère de famille a pu s'arrêter plusieurs années puis reprendre une formation pour changer de métier.
2. Élargir ses critères de sélection
La sélection sur CV peut se faire avec d'autres clefs de lecture que les clefs de lecture usuelles :
Le recruteur s'attachera plus aux compétences transférables qu'à l'expérience sur un poste similaire,
On peut donner sa chance en entretien à un candidat moins diplômé que le niveau requis par le poste, l'expérience et/ou la personnalité pouvant compenser le moindre niveau de formation.
On ne recrute pas une personne handicapée pour faire du social mais parce qu'elle détient les compétences que recherche l'entreprise.
Il est fréquent que les recruteurs ne se sentent pas à l'aise en présence d'une personne handicapée et ne sachent pas comment parler du handicap.
Quels objectifs pour le recruteur ?
Savoir si le candidat a les compétences requises par le poste
Mesurer la motivation du candidat
Mesurer l'adéquation entre le poste et le handicap
Mesurer le niveau d'acceptation de son handicap par le candidat
Comment aborder l'entretien ?
C'est avant tout un entretien de recrutement. Il doit donc se dérouler de la même manière qu'avec un candidat valide. Vous devez vous centrer avant tout sur l'expérience du candidat, ses compétences, son projet professionnel, ses motivations pour intégrer l'entreprise.
Si le candidat a un handicap visible et/ou si vous savez qu'il s'agit d'une personne handicapée (par exemple parce que la candidature émane du CAP EMLPLOI), posez le cadre et précisez au candidat que vous aller parler de son le handicap pendant l'entretien afin d'en mesurer les implications sur sa prise de poste.
Si le handicap de la personne n'est pas visible et que vous pensez que votre candidat est en situation de handicap, parlez de la politique d'intégration professionnelle des personnes handicapées mise en place au sein de votre entreprise.
Pourquoi aborder le handicap pendant l'entretien d'embauche ?
Le handicap ne doit surtout pas rester tabou pendant l'entretien.
Votre objectif est d'évaluer les éventuelles conséquences du handicap sur la prise de poste et d'identifier avec votre candidat le moyen d'y remédier.
Les réactions d'un candidat quand on évoque avec lui son handicap sont une bonne manière d'appréhender s'il l'a accepté et comment il s'est organisé pour vivre avec.
Comment aborder le handicap ?
Rassurer, mettre en confiance, impliquer : expliquez au candidat que l'objectif est de lui donner toutes les chances de réussir dans l'entreprise, qu'il est aussi acteur de son intégration.
Restez naturel, le handicap fait partie intégrante de la personne.
Attention, vous n'avez pas le droit de poser des questions sur la vie privée du candidat.
Exemples de questions à ne pas poser : quel est votre handicap ? De quelle maladie souffrez-vous ?
Pour inciter le candidat à aborder son handicap, vous pouvez orienter vos questions de différentes manières :
1. Appuyez vous sur les particularités décelées dans le CV pour faire parler le candidat :
- rupture(s) du parcours professionnel
- reconversion
- nombreuses et courtes expériences
- référence au milieu protégé ou associatif
- centres d'intérêts
2. Abordez le handicap par le biais de la description de poste.
Le travail effectué lors de la description de poste vous permettra d'identifier avec le candidat :
- les tâches qu'il peut réaliser sans problème
- celles demandant un aménagement ergonomique du poste (amplificateur pour le téléphone, écran 19 pouces...)
- les tâches que le candidat ne peut pas effectuer et les solutions de compensation organisationnelles (exemple : validez avec la manager la possibilité de répartir différemment les tâches au sein de son équipe)
Remarque : Faire visiter le poste de travail permettra au candidat de mieux appréhender son univers de travail
3. Faites se projeter le candidat dans un contexte positif : « et si vous êtes recruté demain, quelles seraient les conditions optimales de votre intégration ? »
« Imaginez, vous êtes en poste depuis 1 an dans l'entreprise, quels ont été les facteurs clefs de succès de votre réussite ? »
4. Rendez le candidat acteur de son intégration : « et si votre manager devait communiquer auprès de vos collègues sur votre arrivée dans l'équipe, que devrait-il dire ? Ne pas dire ? »
5. L'objectif est de faire parler la personne sur ses limites et ses contraintes :
• fatigabilité (temps plein possible ou non, besoins d'aménagements d'horaires, besoin de temps de pause supplémentaires, besoin de jours de congés pour suivre un traitement médical...),
• mobilité dans l'entreprise (lenteur à se déplacer, port de charge possible...)
• symptômes des crises (exemple : de diabète, d'épilepsie...) et conduite à tenir pour assurer sa sécurité....
Dans la mesure du possible, aborder les contraintes dues au handicap à la fois lors du temps de présence dans l'entreprise mais également dans son environnement personnel (temps de trajet, autonomie pour venir travailler seul...)
Le manager doit être intégré dans le processus de recrutement le plus tôt possible.
En amont des recrutements, il est important que la Direction Générale de l'entreprise communique auprès des managers de terrain sur sa volonté de recruter des personnes handicapées, démystifie la notion de handicap par des actions de sensibilisation, et accompagne ses managers en leur proposant des formations.
Pour les premiers recrutements, l'idéal est de vous appuyer sur des managers volontaires, l'objectif étant de vous appuyer sur des premières expériences réussies pour convaincre les autres.
On constate que lorsqu'un échec de recrutement concerne une personne handicapée, les managers imputent l'échec au handicap et généralisent, refusant de prendre de nouveaux risques. Arrête-t-on de recruter des personnes valides suite à des échecs de recrutement ?
Afin d'argumenter, il est important de connaître les principales objections des managers par rapport à l'embauche d'une personne handicapée :
1. moindre productivité
2. absentéisme
3. statut de salarié protégé
4. risque majoré d'accident du travail
5. lourds aménagements de postes
6. difficultés d'intégration dans les équipes
Comment convaincre le manager ?
1. Répondre aux objections
2. Présenter le candidat sélectionné avant tout en termes de compétences, de potentiel, de motivation
3. Ne pas minimiser les craintes du manager qui sont parfois légitimes (en fonction de son propre vécu, d'expériences d'autres managers dans l'entreprise) et lui proposer un accompagnement (formation).
4. S'appuyer, sur des expériences positives d'intégration dans l'entreprise et permettre les échanges de bonnes pratiques entre managers
5. Rassurer le manager sur le fait que :
a. le service RH va l'accompagner (exemples : organisation d'une réunion de sensibilisation de l'équipe, montage d'un dossier AGEFIPH pour une aide financière, prise en charge de l'aménagement du poste le cas échéant...)
b. il existe de nombreux partenaires que l'entreprise peut mobiliser pour accompagner l'intégration des personnes en situation de handicap
6. Valoriser ce recrutement, source de développement personnel pour le manager (amélioration de ses capacités d'écoute, facultés d'adaptation aux autres...)
Comment répondre aux objections ?
1. Moindre productivité
C'est la crainte la plus répandue. La preuve peut se faire par l'exemple, en favorisant les rencontres avec d'autres managers qui ont déjà recruté ou maintenu dans l'emploi des collaborateurs handicapés.
La période d'essai et un suivi attentif de la personne handicapée de la part du manager permettront d'identifier les difficultés éventuelles et d'y remédier.
Le cas échéant, il existe une procédure de reconnaissance de la lourdeur du handicap qui permet d'obtenir une aide financière pour compenser la moindre productivité de la personne.
2. Absentéisme
En réalité, le taux d'absentéisme des travailleurs handicapés est inférieur à celui des « valides ». 69% des employeurs interrogés estiment qu'ils ne sont pas plus souvent absents que autres salariés (source AGEFIPH - Situation de l'emploi 2005).
3. Statut de salarié protégé
Au regard de la loi, il n'en est rien. Le statut de Travailleur Handicapé ne préserve pas d'un licenciement. Si on ne peut être licencié au seul motif d'avoir un handicap, on peut l'être pour toute raison légale.
4. Risque majoré d'accident du travail
Il n'en est rien si les conséquences du handicap de la personne et leurs implications sur son poste ont bien été cernées et prises en compte.
En cas d'aménagement de poste, les solutions mises en œuvre pour le collaborateur handicapé peuvent bénéficier à toute l'équipe et réduire collectivement le risque d'accident du travail.
5. Lourds aménagements de postes
Dans seulement 15% des cas, il est nécessaire d'aménager le poste.
Il existe des aides financières et humaines pour accompagner l'entreprise dans cette démarche.
6. Difficultés d'intégration dans les équipes
Les managers anticipent la non acceptation de la personne déficiente par ses collègues valides. Ces derniers sont supposés avoir des préjugés et des difficultés à développer des relations de travail avec une personne handicapée, ce qui pourrait entraîner une baisse de productivité de l'équipe.
Or les collègues de travail sont a priori les acteurs de l'entreprise qui sont le plus ouverts à l'intégration de salariés handicapés : la collaboration avec un collègue handicapé ne représente ni un surcroît de travail (80%), ni des relations de travail différentes (86%) (sondage Louis Harris - 2003).
Préparer l'arrivée du salarié handicapé au sein du collectif de travail est fondamental pour optimiser son intégration, et ce comme pour tout autre nouveau collaborateur. Le processus d'intégration doit être le même pour tous, avec, pour les salariés handicapés et au cas par cas, des actions complémentaires à anticiper :
1. Informer et accompagner le manager
Le manager joue un rôle essentiel.
S'il n'a pas été impliqué dans le processus de décision pour recruter la personne handicapée, il est important d'organiser une rencontre avant la prise de poste et de rappeler que la personne a été avant tout recrutée pour ses compétences.
L'idéal est d'avoir permis au manager de suivre une formation préalable afin de le sensibiliser au handicap et de lui permettre d'acquérir de bonnes pratiques :
• Etre vigilant quant à l'adéquation poste/handicap
• Etre attentif aux éventuelles difficultés rencontrées
• Savoir aborder la question du handicap en restant dans la sphère professionnelle
• Ne pas surprotéger son collaborateur handicapé
• Etre prêt à laisser plus de temps à la personne pour assimiler son poste
Le service des Ressources Humaines doit prendre en charge toutes les formalités administratives (exemple : demande de financement auprès de l'Agefiph) afin de laisser le manager se concentrer sur l'opérationnel.
Au préalable, l'entreprise aura communiqué auprès de l'ensemble de ses équipes sur la mise en œuvre de sa politique de recrutement de personnes handicapées.
Pour l'équipe d'accueil, si le handicap du nouvel arrivant peut avoir une incidence sur sa prise de poste (exemple 1 : aménagements horaires différents des autres membres de l'équipes, aménagement de l'espace de travail, nouvelle répartition des tâches, etc....) et/ou peut influencer ses relations avec l'équipe (exemple 2 : l'arrivée d'une personne sourde présuppose de difficultés de communication entre les autres membres de l'équipe et la personne elle-même), il est important de rassembler l'équipe pour :
Exemple 1 : sans trahir le secret médical mais en indiquant les contraintes de la personne, l'informer des changements organisationnels à opérer et l'impliquer au maximum dans la redéfinition de son organisation.
Exemple 2 : faire intervenir une association spécialisée sur le handicap de la personne pour lever les idées reçues, éviter l'effet de surprise et donner quelques clefs comportementales. Chacun doit pouvoir appréhender la situation particulière du nouveau salarié handicapé et apporter sa contribution à sa bonne intégration, sans tomber dans le cocooning ou la surprotection.
Dans les deux cas, l'employeur aura évoqué avec le candidat le fait qu'avant son arrivée, une sensibilisation sera faite au sein de son équipe par rapport aux conséquences professionnelles de son handicap et lui aura demandé quelles informations il lui paraît important de communiquer tout en respectant sa vie privée.
Dans certains cas, il peut être pertinent de nommer un tuteur (sur la base du volontariat) au sein de l'équipe, comme par exemple pour les personnes handicapées en contrat d'alternance (apprentissage ou professionnalisation). Sans lien hiérarchique avec la personne, le tuteur pourra l'aider à prendre ses marques dans l'entreprise et l'accompagner dans sa prise de poste.
Afin d'optimiser le recours au tutorat, il est conseillé de former le tuteur à l'accompagnement de personnes handicapées. L'Agefiph peut participer au coût de formation et de rémunération du tuteur.
3. Aménager le poste de travail
Remarque préalable : seuls 15 % des recrutements nécessitent un aménagement de poste
Si, lors du recrutement, l'employeur a identifié des besoins d'aménager le poste de travail, l'idéal est que les aides techniques nécessaires soient prêtes à l'arrivée de la personne.
Quand l'investissement nécessaire n'est pas lourd pour l'entreprise (exemples : achat d'un fauteuil ergonomique, d'un téléphone avec amplificateur...), c'est une action simple et rapide à organiser.
Quand il s'agit d'un aménagement plus lourd :
- Soit l'entreprise est signataire d'un accord (qui inclut obligatoirement des actions et budgets sur le maintien dans l'emploi donc l'aménagement des postes) : elle est alors autonome pour enclencher les études nécessaires à l'aménagement du poste. Elle peut ainsi anticiper en mobilisant dès la décision de recrutement les intervenants nécessaires (exemple : cabinet d'ergonomie)
- Soit l'entreprise n'est pas signataire d'un accord : elle peut alors faire appel aux aides de l'Agefiph pour l'aménagement du poste de travail. Dans ce cas, le processus est beaucoup plus long : l'Agefiph mandate un cabinet d'ergonomie qui fait l'étude de poste, rend ses préconisations, présente différents devis entre lesquels l'Agefiph devra trancher avant de s'engager sur le niveau de sa prise en charge...
Une entreprise sans accord doit par conséquent anticiper au maximum cette étape si elle est nécessaire au recrutement.
Si le nouvel arrivant doit suivre une formation interne dans le cadre de son parcours d'intégration, l'entreprise doit s'assurer que les outils mis à disposition lui sont accessibles (exemple : pour une personne sourde, prévoir un interprète le temps de la formation).
4. Prévoir la visite médicale d'embauche
Il est impératif de programmer cette visite avant la fin de la période d'essai de manière à valider avec certitude la compatibilité entre le poste pourvu et le handicap de la personne et, le cas échéant, d'identifier avec le médecin du travail, les aménagements (horaires, techniques...) à prévoir.
Remarque : pour les salariés handicapés, la visite médicale du travail doit avoir lieu tous les ans.
5. Identifier et communiquer les consignes de sécurité
Si le collaborateur que vous avez recruté risque, durant ses heures de travail, de faire une crise (de diabète, d'épilepsie) il est important d'identifier la procédure à suivre (avec le médecin du travail, le CHSCT, la personne elle-même), les personnes à contacter (secouriste du travail, médecin référent...) et d'en informer le manager et son équipe.
Le collectif de travail sera ainsi plus rassuré de savoir comment réagir, même si la probabilité de survenance d'une crise est faible.
Si le handicap de la personne recrutée peut avoir une incidence lors de la procédure d'évacuation de l'entreprise (en cas d'incendie par exemple), il est conseillé de prévoir une procédure spécifique.
Exemples :
• Pour une personne sourde, installer dans les toilettes un signal visuel qui pourra l'alerter en cas de déclenchement de l'alarme incendie
• Pour une personne en fauteuil roulant, désigner un ou deux collègues responsables de son évacuation
Comme pour les situations de maintien dans l'emploi, il est fondamental de faire un suivi régulier (au début tous les mois puis tous les 6 mois minimum) de l'intégration d' un nouveau collaborateur handicapé.
Ce suivi se fait en concertation entre le manager, le service des Ressources Humaines et le Service de Santé au Travail.
Il concerne :
1. L'évolution de la situation de santé du salarié : les solutions trouvées pour répondre à une situation (ou un risque) de handicap peuvent s'avérer au fil du temps inadaptées.
Le suivi du salarié peut se faire lors des visites annuelles à la médecine du travail mais également au quotidien, au sein de l'entreprise, par le salarié et son entourage qui peuvent détecter des difficultés à la tenue du poste.
2. L'évolution de l'entreprise:
- métiers
- organisation du travail
Leur modification ou leur évolution peut entraîner la réapparition de situations de handicap.
3. L'évolution des facteurs externes : Des facteurs extérieurs à la situation de l'équilibre entre la santé du salarié et son travail peuvent avoir des répercussions sur les conditions de réussite de la bonne tenue du poste de travail. Il s'agit par exemple de la reprise de soins, la continuité du tutorat professionnel ou externe, les conditions de vie sociale...
Il est important de bien communiquer à ce sujet auprès de la personne et de son équipe de travail : l'entreprise doit s'engager à rechercher en cas d'aggravation du handicap ou d'inadéquation au poste toutes les solutions possibles de maintien dans l'emploi.
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