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Le témoignage du mois

Portraits croisés d'Antoine Giannelli, directeur marketing et communication, et de Mathias Schaffauser, graphiste, malentendant, chez Leyton & Associés.

 

Publié le 06/11/08


Antoine Giannelli

« Il n'y avait pas beaucoup de postulants en face. »

« Jusqu'à maintenant, nous devions payer la contribution à l'Agefiph car notre société (un cabinet conseil) de 260 employés ne remplissait pas le quota des 6% relatif à l'embauche des personnes handicapées. Mais depuis toujours, nous avions la volonté d'être une entreprise citoyenne et socialement responsable. Nous avons alors identifié certains postes où le handicap ne constituerait pas un obstacle. Nos locaux, ni ceux de nos clients ne sont malheureusement adaptés et ayant de nombreux postes de « nomades », nous ne pouvions pas intégrer des employés porteurs d'un handicap moteur lourd. De la même façon, il était difficile d'envisager l'intégration d'une personne handicapée mentale car nous vendons surtout de la prestation intellectuelle. Mais rien ne s'opposait à l'embauche sur un poste de graphiste spécialisé.

Recherche postulants désespérément
Nous avons démarré le recrutement il y a un an, par le biais d'une CVthèque spécialisée, disponible sur le site emploi.handicap.fr. Nous n'avions pas d'a priori sur le « type » de handicap. Ce que nous recherchions, c'était avant tout une compétence. Mais il faut avouer qu'il n'y avait pas beaucoup de postulants en face. Nous avons eu la chance de tomber sur le profil idéal mais le choix était vraiment limité. Nous avons donc recruté Mathias. Il a une surdité très forte mais est capable de lire sur les lèvres et s'exprime sans problème. Sa présence est loin d'être un handicap. Nous l'avons volontairement mis dans une position centrale qui incite nos autres collaborateurs à porter un regard différent sur le handicap. Sa contribution est très appréciée de tous. Je dirais même vitale !

L'envie de se dépasser
Il sait gérer des situations d'urgence. Je crois que son handicap lui donne l'opportunité de se dépasser, avec une aptitude peut-être plus forte encore que les valides. On sent en lui une grande force qui est devenue, pour nous employeurs, un vrai critère de performance. A terme, nous souhaitons nous engager dans une vraie politique de recrutement de travailleurs handicapés. Une valeur forte, c'est la diversité ! »

 

 

Mathias Schaffauser

« Je n'était pas un demandeur d'emploi en quête d'indulgence. »

« Certains pourraient penser que l'embauche d'un employé handicapé est une forme de discrimination positive. Mais je présente des différences au même titre que d'autres collaborateurs. Mes compétences, mes connaissances métier et mes capacités d'adaptation font que je ne me considère pas comme un collaborateur présentant un handicap, sachant que je suis né avec ma surdité. Je me suis toujours positionné comme un apporteur de compétences et non comme un demandeur d'emploi en quête d'indulgence. Mon handicap n'a jamais été un obstacle dans ma recherche d'emploi. J'ai toujours mis en lumière mes réalisations professionnelles, preuves tangibles de mes compétences.

Peur du regard de l'autre ?
Les recruteurs font preuve aujourd'hui de compréhension et ont bien intégré l'importance de la diversité dans leur politique de recrutement. Mais il existe encore un manque de visibilité des travailleurs handicapés qui peinent ainsi à se faire repérer par les entreprises. Cela vient certainement du fait que certains travailleurs présentant un handicap plus ou moins prononcé se pensent inaptes à occuper un poste par manque de confiance en eux et peur du regard de l'autre.

 

Etre meilleur
Lors de mes entretiens d'embauche chez Leyton, confiant de mon savoir-faire et de mes compétences techniques, j'ai pu exprimer ma motivation et présenter toutes mes créations de supports de communication. J'ai été soumis à un processus de recrutement identique à tous les profils recherchés au sein de la direction de la communication et du marketing. J'ai ainsi dissipé les doutes et appréhensions de mon recruteur.

Les collaborateurs et prestataires externes connaissent mon handicap, ils adaptent simplement leur mode de communication pour bien se faire comprendre. Mon travail ne subit aucune altération. Le handicap oblige à faire plus d'efforts, à se surpasser, pour prouver qu'on peut arriver au même succès qu'un valide. Etre parfois encore meilleur et faire oublier le handicap pour ne retenir que le résultat. »